La laideur se vend mal

«Il faut être une œuvre d’art ou en porter une», disait Oscar Wilde. 

Raymond Lœwy (1893-1986), tenu pour le fondateur du design industriel, a fait sien cet aphorisme. 

Depuis la plus tendre enfance, il rêve de locomotives, d’automobiles, de navires. Âgé de quinze ans, «il donne son cœur à douze magnifiques créatures» : ce sont douze locomotives d’un entrepôt du P.L.M. 

Il quitte l’Europe pour New York entre les deux guerres. 

Ses premières impressions, nous les trouvons dans ce livre écrit trente ans plus tard. «On fabriquait à tort et à travers ascenseurs, moulins à café, grues mécaniques, etc, avec pour seule préoccupation que “ça marche”. Quand vint l’ère de la production en masse, le pays fut inondé de produits souvent de bonne qualité, mais disgracieux et coûteux.» 

Raymond Lœwy, d’abord étalagiste, crée bientôt une profession : celle d’ «esthéticien industriel», et entreprend une croisade contre la laideur, le bruit, l’encombrement, le gâchis en matières premières et en main-d’œuvre. 

Son principe? Donner à toute chose une apparence parfaite liée à un fonctionnement parfait. 

Son idée fixe? L’harmonie, qu’il s’agisse d’une locomotive, du mariage, d’une boîte de conserve ou des rapports humains.